Comment accompagner mon enfant pour développer une saine relation avec les aliments, basé sur l’alimentation intuitive?

L’année 2020 a été remplie de défis, a généré beaucoup d’anxiété pour plusieurs familles et nous a poussé à remettre en question plusieurs de nos valeurs et objectifs; autant au niveau personnel que familial. Le virage en ligne de plusieurs travailleurs a amené les parents à réaliser l’omniprésence des messages véhiculés par la culture des diètes. Comment accompagner mon enfant dans le développement d’une saine relation avec les aliments, basé sur les principes de l’alimentation intuitive? Il est important de miser sur le développement, à long terme, d’une saine relation avec les aliments chez notre enfant. Les 10 Principes de l’alimentation intuitive auprès des adultes sont bien résumés par ma collègue Marilou Morin, nutritionniste. De mon côté, je vous présenterai des conseils adaptés pour accompagner votre enfant.

Avant de lire ce qui suit prenez-le temps de réfléchir sur ces 3 questions?

1- Quels étaient les messages véhiculés en lien avec l’alimentation durant votre enfance?

2- Quelle est votre relation avec les aliments aujourd’hui?

3- Qu’aimeriez-vous transmettre comme valeurs et messages en lien avec l’alimentation à vos enfants?

Nourrir son enfant peut venir avec son lot de questions, ajoutez une pandémie, des enfants à la maison à temps plein, l’école à la maison, une nouvelle routine (ou absence) autour de la gestion de tous les repas, le télétravail, l’augmentation de notre stress; le tout générant beaucoup d’anxiété et de frustration.

Le marchandage et la négociation aux repas ainsi que les multiples collations sont devenus la réalité de plusieurs familles (la mienne inclus) car nos habitudes ont été chamboulées. Notre apprenti mangeur peut donner l’impression qu’il est devenu « difficile » ou « sélectif ». S’il y a quelque chose que la COVID m’a obligé à faire pour ne pas y laisser ma santé mentale, c’est d’être indulgente envers moi-même et faire de mon mieux pour ma famille, tout simplement. Alors oui, il est possible que les mêmes repas se sont répétés à plusieurs reprises, que la variété des fruits et légumes n’est plus la même non plus. Entre le télétravail, la parentalité, l’enseignement à la maison et la préparation des repas, nous voulons ce qu’il y a de mieux pour nos enfants, mais avant tout, nous voulons leur sécurité.

Mettons des objectifs simples, réalistes et surtout diminuons cette pression. Nous en avons tous besoin, les enfants aussi.

Commençons par le fait que ce n’est pas votre rôle ni votre responsabilité d’arriver à faire manger votre enfant.

Dans cette période d’incertitude et d’insécurité nous sommes tentés de vouloir contrôler plusieurs aspects de l’alimentation de nos enfants. C’est irréaliste de s’attendre à ce que nos enfants mangent parfaitement équilibrés aux repas et aux collations dans les quantités jugées adéquates à nos yeux.

Faites la paix avec le fait que les aliments consommés ainsi que leur quantité ingérée par votre enfant ne peuvent être gérés que par lui. Par contre, ce que vous pouvez influencer (et ce qui est le plus important) c’est sa relation, à long terme, avec les aliments. Les encadrer et les accompagner pour rester ou devenir des mangeurs intuitifs.

Qu’est-ce que l’alimentation intuitive et comment l’appliquer auprès des enfants?

Appuyée par la science, l’alimentation intuitive est une approche positive qui consiste à manger davantage avec ses sens qu’avec sa tête. Les 10 principes de l’alimentation intuitive sont établies par deux diététistes: Evelyn Tribole et Elyse Resch. C’est une approche anti-diète, respectueuse de la personne et qui favorise une saine relation avec les aliments dans le respect et l’écoute des signaux de faim et de satiété.

Le plus beau là-dedans, c’est que nos enfants sont nés mangeurs intuitifs. Dès leur naissance ils nous démontrent des signes de faim (mangent leur poing, chignent, ouvrent la bouche à la recherche de lait, etc.) et de rassasiement (se décrochent du sein ou de la tétine, tournent leur visage, arrêtent de téter, etc.). C’est le même principe lorsqu’ils commencent à manger. La majorité des enfants d’âge préscolaire, mangent en écoutant et respectant leurs signaux internes de faim et de rassasiement. Ça se gâte lorsque les enfants sont encouragés à manger selon des signaux externes… «Quelques bouchées de plus et tu peux sortir de table », « Pas de biscuits avant le brocoli », « Tu as assez mangé », etc. Les enfants apprennent à ne plus faire confiance à leur signaux internes et plutôt se fier sur l’environnement externe.

Changez votre perspective

Déplacez votre focus des aliments nutritifs et équilibrés vers le développement à long terme d’une saine relation avec les aliments. Nous voulons tous que nos enfants aient un répertoire alimentaire varié, qu’ils soient capables d’apprécier tous les aliments; autant les carottes, les fraises que les biscuits et les jujubes, qu’ils aiment manger avec nous et qu’ils fassent confiance à leur corps pour les guider dans le choix des aliments et la quantité dont ils ont besoin pour grandir d’une façon qui leur est unique. Nous voulons qu’ils soient capables de s’autoréguler en présence de tous les aliments.

Voici quelques conseils pour accompagner votre mangeur dans le développement d’une saine relation avec tous les aliments :


1- Votre enfant est le maître des quantités, donc acceptez le fait qu’il va manger beaucoup plus ou beaucoup moins que vos attentes et que ça va changer à tous les jours.

Tel que mentionné plus haut, ce n’est pas votre rôle ni votre responsabilité d’arriver à faire manger votre enfant et encore moins gérer la quantité dont son corps a besoin. Votre rôle est de lui proposer les aliments de votre culture familiale, lui offrir un cadre autour des heures des repas et collations et avoir un environnement sécuritaire et agréable pour partager des moments en famille autour de vos repas. Ça en fait déjà beaucoup !

Les enfants ont des responsabilités en lien avec leur alimentation qui leur reviennent à 100% : ils décident s’ils mangent ou pas, parmi les choix proposés par les parents et ils décident des quantités dont ils ont besoin en écoutant leurs signaux internes. En pratique, ils mangent quand ils ont faim et arrêtent quand ils n’ont plus faim, ils vont même manger moins à certains repas pour se garder une place pour le dessert; ce n’est pas de la gourmandise, c’est de l’autorégulation.  Si nous passons notre temps à gérer les quantités consommées par notre enfant (que ce soit à la hausse ou à la baisse) il n’apprendra pas à faire confiance à son corps (cette super machine) pour le guider dans la quantité dont il a besoin pour grandir d’une façon qui lui est propre et unique. Il va plutôt essayer de trouver des repères externes comme l’annonce à la télé, la portion servie à terminer, le format d’un bol ou d’une assiette, la satisfaction ou la louange d’un adulte, etc.

Point de réflexion : Regardez la personne à côté de vous, savez-vous si elle a faim et surtout combien elle a faim ? Vous arrive-t-il d’avoir moins faim une journée sans raison spécifique? Et si je dictais vos quantités à chaque repas sans possibilités de sortir de table avant de tout manger ou sans possibilité de vous servir encore malgré votre faim ? Comment vous sentiriez-vous?  Vous seuls, êtes capable de décoder les signaux que votre corps vous envoie, écoutez-les. Il se peut que vous ayez ignoré ses signaux depuis des années et que vous tentez de retrouver cette capacité, Marilou Morin, nutritionniste, saura vous guider. Mais sachez que vos enfants sont nés avec le potentiel de rester ou devenir des mangeurs intuitifs, s’ils ne sont pas influencés par des facteurs externes. Tentons de préserver ce beau cadeau.

Je le sais trop bien, que certaines de nos stratégies pour amener nos enfants à manger plus, ou moins, sont basées sur des bonnes intentions ou sont le fruit de nos inquiétudes en lien avec leur croissance ou peut-être des carences et même précipitées suite à des commentaires de l’entourage. Faites confiance à votre enfant dans ses rôles en lien avec son alimentation, vous êtes son modèle parfaitement imparfait.

S’il y a un point sur lequel j’insiste beaucoup auprès des parents dans notre cours en ligne et en consultation c’est d’avoir un environnement sans pression. La pression, cette patate chaude qui s’invite au menu de manière sournoise peut rapidement transformer ces doux moments en famille en moments appréhendés autant par l’enfant que le parent. Un des conseils que je propose est de simplement déposer le repas, de l’entrée au dessert, au centre de la table en incluant un ou deux aliments aimés (aliments copains) par votre enfant. Ensuite LÂCHEZ PRISE et dégustez le repas. S’il y a des demandes pour d’autres aliments, vous pouvez répondre que ce soir le menu proposé pour toute la famille est sur la table (le QUOI est votre rôle). Rappelez-vous qu’un des rôles de votre enfant est de décider s’il mange ou pas.

2- La cuisine n’est pas un dépanneur ouvert 24/7

Établir un horaire de repas et collations offre un cadre rassurant à votre enfant, lui permet de ressentir ses signaux internes et facilite l’organisation des activités. L’heure exacte des repas sera variable d’une famille à l’autre, c’est l’écart entre les occasions de manger qui sera plus régulier. On planifie des moments de repas et collations aux 2 1/2 -3 heures. Cet horaire n’a pas à être rigide, il est flexible et tient compte de la réalité des familles. Si l’enfant a dormi plus longtemps lors de sa sieste, on offre sa collation au réveil et on peut repousser un peu l’heure du souper si possible, sinon on peut simplement faire la paix avec le fait qu’il mangera moins au souper car l’écart est moins grand et on ajoute une collation au dodo. Adaptez les heures à votre réalité en maintenant un écart entre les repas et collations pour permettent à votre enfant de ressentir la faim et le rassissement. Entre les occasions de manger la cuisine est fermée! On a un casse-tête à faire, une promenade pour prendre de l’air, une histoire à lire, des pirouettes à essayer et plein d’autres activités! Le QUAND (horaire des repas) est votre rôle.

3- Profitez du moment des repas en famille pour connecter avec votre enfant

Choisissez le moment qui colle le plus à votre réalité pour vous réunir quelques fois par semaines autour d’un bon repas ou collation. Certains parents appréhendent l’heure des repas car elle est synonyme de marchandage, de négociation et surtout, d’un combat perdu d’avance. Lorsqu’on on focus sur les aliments et sur l’importance que notre enfant mange, on oublie notre vision long terme…Saviez-vous qu’en moyenne,  48 commentaires sont émis lors d’un repas dans l’objectif d’inciter un enfant à manger? Sachant que la durée moyenne d’un repas est de 20 minutes, cela représente 2 commentaires par minute :

« Goûte à tes asperges, c’est bon ! »

« Je pense que j’ai bien réussi mon hummus tu devrais y goûter! »

« Oh! Oh! Tu n’as pas assez mangé reste assis! »

« 2 bouchées encore avant de sortir de table! »

« Voyons! Tu fais juste jouer avec la nourriture, mange! »

« Pourquoi tu ne manges pas? »

Encore une fois, tous ces commentaires sont bien intentionnés mais le résultat est rarement un enfant enthousiaste à manger…Donc je reviens aux rôles de chacun à table et la vison long terme. Déposez les aliments et lâchez prise, enlevez-vous cette pression de faire manger votre enfant tel ou tel aliment. Parlez de votre journée, des activités faites ou planifiées, des plans de la fin de semaine en famille, vous pouvez même y aller avec des questions comme: « Si tu pouvais être une licorne ou un lion, lequel choisirais tu et pourquoi? » Mes enfants adorent ce genre de questions! Vous connaissez le mieux votre enfant allez-y avec ses intérêts. Avec le temps, la pression quittera les repas laissant sa place au plaisir et aux moments en famille agréables.  Tout le monde en ressortira gagnant.

La confiance est la prémisse en alimentation aussi. Vous faites confiance à votre enfant dans ses rôles à table et il apprend à vous faire confiance et baisser « sa garde » aux repas. Votre enfant qui se pointait à table comme un chevalier prêt pour la guerre, laissera tomber son armure car l’heure des repas n’est plus un combat.

Sans le réaliser vous solidifiez le lien de confiance entre vous et votre enfant; ce qui contribue au développement d’une saine relation avec VOTRE enfant ! C’est pas fantastique ça?

L’approche pour nourrir son enfant dans la bienveillance et le plaisir pour développer et maintenir une saine relation avec tous les aliments commence dès les premières bouchées. Même si vous avez bifurqué il n’est jamais trop tard pour accompagner votre enfant vers l’écoute et le respect des signaux internes. Si vous vivez des moments difficiles aux repas, si vous cherchez un accompagnement vers des comportements sains en lien avec l’alimentation, notre cours en ligne COMPLET « Quand l’heure des repas vire au combat » est une approche globale, multidisciplinaire et unique. Avec des psychoéducatrices en périnatalité et pédiatrie, une ergothérapeute en pédiatrie, une hygiéniste dentaire pédiatrique et 3 nutritionnistes en pédiatrie, nous avons couvert tous les aspects de la sélectivité alimentaire chez l’enfant avec une approche permettant aux enfants de devenir des mangeurs compétents et intuitifs. Pour en savoir plus ou pour vous inscrire sur notre liste d’attente pour l’ouverture des inscriptions c’est par ici.

 

Cours en ligne sur la sélectivité alimentaire chez l'enfant

Cosette Gergès, maman et nutritionniste spécialisée en pédiatrie | Janvier 2021